Aliénation parentale

Préambule

Le concept d’aliénation parentale est actuellement âprement discuté en Suisse et à l’international. Voici la position de la Commission fédérale pour les questions familiales (COFF) à ce sujet : réponse de la COFF à Mme Miriam Reber, coordinatrice spécialisée de la Conférence Suisse contre la Violence Domestique (CSVD), concernant l’annexe 11 du « Guide d’évaluation et d’aménagement des relations personnelles pour les enfants victimes de violence domestique ».

Etymologie

Le préfixe « a » étant privatif, a-liéner, signifie rompre le lien. L’aliénation parentale est la perte ou la rupture du lien entre un parent et son enfant. On pourrait également parler d’exclusion parentale.

Le 25 avril est la Journée Mondiale pour la sauvegarde du lien parental.

Le « Syndrome » d’Aliénation Parentale (SAP)

« Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) désigne l’ensemble des manifestations psychopathologiques observées chez les enfants soumis à des séparations parentales très conflictuelles : en premier lieu le rejet injustifié ou inexplicable d’un parent par un enfant. »

(Dr Paul Bensussan, expert psychiatre)

Le « Syndrome » d’Aliénation Parentale (SAP) n’est pas encore reconnu comme Syndrome dans les classifications de troubles psychiques.

Le SAP est une forme de maltraitance psychologique sur l’enfant qui perd le lien avec l’un de ses parents et à travers lui avec la moitié de sa famille. Par la suite, le parent à l’origine de la rupture de lien sera désigné comme « parent aliénant », et les victimes du processus comme « parent aliéné » et « enfant aliéné ».

« Depuis, des pays européens comme le Danemark, la Belgique et l’Allemagne l’ont aussi homologué »

« Je rappelle que dans 75% des cas d’aliénation parentale, ce sont des mères qui opèrent. »

(Jean-Pierre Cambefort, Psychologue. Docteur en Sciences du Comportement. Habilité à Diriger des Recherches en Sciences de l’éducation, Administrateur de l’Association des Maisons de la Famille de la Réunion. Ecole des Parents et des éducateurs, (AMAFAR-EPE), Formateur en sciences humaines et sociales. Institut Régional du Travail Social (IRTS) / Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM), 2011), article dans Le Temps)

Quelques définitions proposées par des experts reconnus :

« Le syndrome d’aliénation parentale, ou S.A.P., est l’embrigadement et/ou la manipulation d’un enfant ou d’une fratrie par un parent contre l’autre, au moment ou après une séparation conflictuelle et a souvent des conséquences irréversibles chez l’enfant. Il se traduit pas huit symptômes caractéristiques que présente l’enfant « aliéné » par le parent « aliénant », dont le profil psychopathologique se rapproche des dépressions et des états limites et qui confond les enjeux émotionnels du lien parental et ceux du lien conjugal. Reconnu dans les pays de l’Europe du Nord comme une maltraitance familiale avérée et pénalement condamnable, ce phénomène est lié, selon les auteurs, à des facteurs de la modernité ayant créé une vulnérabilité accrue de la structure psychologique de la famille moderne, parmi lesquels les recompositions familiales, le déclin de la fonction paternelle ou l’attaque juridico médiatique qu’elle a subie, et la surdétermination accordée aux vécus des victimes. Ce phénomène est encore mal détecté en France, détruit l’équilibre psychique de milliers d’enfants et de parents, et constitue une menace sérieuse à l’institution familiale. » (Jean-Pierre Cambefort, Psychologue. Docteur en Sciences du Comportement. Habilité à Diriger des Recherches en Sciences de l’éducation, Administrateur de l’Association des Maisons de la Famille de la Réunion. Ecole des Parents et des éducateurs, (AMAFAR-EPE), Formateur en sciences humaines et sociales. Institut Régional du Travail Social (IRTS) / Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM), 2011).

« 8% des séparations correspondent à un SAP niveau moyen ou sévère »

(Paul Bensussan citant Hubert Van Gijseghem, maison du Barreau, Paris (9h40 le 25/06/2021)

« Dans les stades légers ou modérés, le terme d’aliénation peut sembler excessif : c’est d’une « désaffection » qu’il s’agit. Tout se passe comme si l’enfant avait cessé d’aimer, se montrant distant, indifférent ; il ne reçoit qu’avec réticence les marques d’affection, affiche de l’ennui plus que de l’hostilité lorsqu’il est en compagnie du parent qu’il rejette, dont il refuse, entre deux visites, les appels téléphoniques … à moins qu’il n’y mette un terme par des réponses froides et monosyllabiques : une distance se crée, incompréhensible pour le parent rejeté qui, angoissé et meurtri, multiplie les erreurs psychologiques et les maladresses face à cet enfant qu’il ne reconnaît pas. Dans les stades sévères, le phénomène semble d’une autre nature. Les bons souvenirs en compagnie du parent rejeté ont disparu (ou sont niés), les distorsions cognitives et les croyances erronées concernant le passé apparaissent … L’enfant peut se montrer d’une incroyable dureté vis-à-vis du parent qu’il rejette, sans éprouver la moindre ambivalence ni culpabilité. Nous sommes alors bien proches d’une production délirante : conviction inébranlable d’une réalité fantasmée et d’un passé remanié, perception « en noir et blanc » de la réalité, l’un des parents étant doté de toutes les qualités, l’autre de tous les défauts. La métaphore informatique s’impose d’elle-même : c’est d’un « reformatage » du disque dur de la mémoire et de l’affectivité dont il s’agit. » (Paul Bensussan)

« Une nouvelle législation est nécessaire afin de décourager ce comportement et de mieux protéger les victimes »

(Psychiatre Dr Antonio Andreoli, Genève, 2010)
(Revue médicale suisse, 1er novembre 2021)

L’intensité de ce syndrome se mesure en trois stades : léger, moyen et grave, en fonction de l’accentuation des rejets du parent aliéné.

  1. Au stade léger, les visites chez le parent aliéné sont calmes et la campagne de dénigrement sont rares ou discrètes.
  2. Au stage moyen, la campagne de dénigrement s’intensifie au moment du changement de résidence parentale et les arguments sont de plus en plus nombreux et frivoles pour ne pas aller chez le parent aliéné. Mais l’enfant accepte d’être totalement coopératif une fois séparé du parent aliénant, et après une période de transition.
  3. Au stade grave, les visites sont devenues impossibles chez les parent aliéné et l’enfant partage les fantasmes paranoïaques du parent aliénant. Si l’enfant reste chez le parent aliéné, il peut y être paralysé par des peurs, faire des fugues ou mettre en péril son séjour par des comportements destructeurs.
Les 3 niveaux de l’aliénation parentale (en anglais sous-titré en français), 2 minutes

« Le SAP se mesure au degré de la réussite de son implantation sur l’enfant, et non pas en fonction des efforts de celui-ci pour y parvenir. »

« Le SAP est un phénomène d’emprise comme l’appartenance à une secte, le harcèlement moral, l’esclavagisme, l’inceste. C’est une violence très sournoise, donc difficile à percevoir et à comprendre tant qu’on ne l’a pas rencontrée de près. »

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

Notons également que le « Syndrome » d’Aliénation Parentale est lié au syndrome de Médée. Ce syndrome correspond au comportement du parent aliénant, à sa volonté d’en découdre suite à une séparation mal gérée sur le plan psychologique.. Le « Syndrome » d’Aliénation Parentale devient alors la conséquence sur l’enfant aliéné de cette mauvaise gestion de la séparation par le parent aliénant..

« Le syndrome de Médée est une modalité de harcèlement mise en œuvre par un parent voulant priver son conjoint de la relation avec ses enfants et apparaissant à l’occasion d’une rupture conjugale. Ce concept ajoute des dimensions psychopathologi­ques importantes à la notion de syndrome d’aliénation parenta­le : utilisation de l’enfant pour se venger, deuil sadique d’amour, retour de rites sacrificiels chez des sujets avec trouble de la personnalité confrontés à des relations d’amour dramatiques. »

(Le syndrome de Médée, parcours sadique de la perte d’amour, du Psychiatre Antonio Andreoli, Genève, 2010)

Nous reviendrons sur le syndrome de Médée dans l’un des paragraphes suivants.

L’enfant soldat

« Le Syndrome d’Aliénation Parentale (le SAP) est une perversion que l’on rencontre lors de séparations très conflictuelles, lorsqu’un des parents veut détruire l’image de l’autre parent en instrumentalisant son propre enfant pour en faire un « enfant soldat », afin de nuire très gravement à l’autre parent. L’enfant va être pris dans un très important conflit de loyauté, et sous l’insistance et les manipulations du parent aliénant, il va progressivement rejeter de plus en plus fortement son autre parent, parfois sans motifs appropriés ni proportionnés, parfois en proférant de fausses accusations qui lui auront été insufflées par la parent aliénant. Le syndrome d’aliénation parentale a fait l’objet de nombreuses études, et a été brillamment exposé dans une récente thèse universitaire soutenue le 23 octobre 2008 à la faculté de médecine, l’auteur  de la thèse Mme Bénédicte Goudard ayant obtenu son diplôme d’Etat avec les félicitations d’un Jury composé d’éminents Professeurs de médecine et de psychiatres. »

« Les enjeux sont pourtant redoutables : construction de l’identité de l’enfant, sécurité intérieure, confiance dans ses perceptions, relations personnelles, construction de l’identité sexuelle et capacité d’être parent pour un enfant ayant été victime. Les divorces ayant explosé depuis trente ans « seulement », et les troubles ne se révélant qu’à l’âge adulte, nous manquons encore de recul. Si le SAP progresse au stade grave, les enfants aliénés développent une psychose systématisée qui peut envahir tout le champ de la conscience à l’âge adulte. »

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

Que se passe-t-il dans la tête de ces enfants soldats ?

« Ce sont les victimes principales. En réalité, le monde s’écroule pour eux lors du divorce et, au lieu d’être rassurant, le parent aliénant dramatise la situation et augmente leur effroi. Dans la panique, ils comprennent qu’ils doivent très vite choisir leur camp, sous peine de perdre leurs deux parents. Ils se retrouvent englués initialement dans un terrible conflit de loyauté. Alors rapidement, ils prennent le parti du parent qu’ils perçoivent soit comme le plus fort, et dont ils ont peur, soit comme le plus fragile, et qu’ils veulent protéger. »

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

« Nos enfants ne nous appartiennent pas. »

(Khalil Gibran)

La souffrance de l’enfant

« Les enfants aliénés au stade moyen et grave ne sont plus réceptifs à leur souffrance, ce qui marque l’entrée dans la psychopathie. Ils ont appris à se couper de leurs propres sensations. Leur raisonnement tourne en boucle, et, arrivés à l’âge adulte, ces enfants ont de fortes chances de développer une psychose systématisée. »

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

Le film « Couple déchiré, enfant otage » (France 5, 11 décembre 2010) parle de l’enfant victime, l’enfant sacrifié et utilisé comme un objet au nom de la haine et de la destruction de l’ex-conjoint (France 5, 11 décembre 2010). Ils se mettent à hurler quand leur père leur rend visite, déversent des flots d’injures sur la mère qu’ils ne veulent plus voir, frappent parfois l’un ou l’autre sans raison. Ces enfants déchirés par le divorce sont victimes d’un « syndrome » peu connu : l’aliénation parentale. Ce phénomène est tellement sournois et inconcevable qu’il est très difficile à détecter.

« Un intervenant qui se ferait prendre au piège de ce discours, en survolant le problème, renforce la conviction de l’enfant dans ses propos et donc la maladie mentale. »

« … lorsque des enfants ne voient pas ou plus une moitié de famille, ils sont suspects de SAP. « 

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

Comment évoluent ces enfants si on ne les aide pas ?

« Il arrive que quelques-uns tombent dans la délinquance dès l’adolescence, mais, en général, c’est lors de l’accession à l’âge adulte qu’ils vont décompenser. La culpabilité inconsciente se manifestera par des troubles du sommeil, du comportement alimentaire, une attirance pour la toxicomanie, une plus grande vulnérabilité aux sectes, une faible estime de soi, une tendance à se mettre en colère sans raison valable et à se croire au-dessus de la loi, des troubles de l’identité sexuelle, des accidents suicidaires, de la dépression, voire des psychoses non encore étiquetées. Bien sûr, leur modèle relationnel a de fortes chances de se situer dans l’emprise et ils peuvent reproduire le SAP à leur tour, en étant aliénant ou aliéné. »

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

(témoignage d’une enfant aliénée forcée de détester l’un de ses parents pendant des mois)

Le suivi psychologique peut être une précieuse aide pour l’enfant pris dans les filets d’une telle situation. Cette aide peut l’aider à verbaliser ses souffrances en face de la séparation elle-même, l’autoriser à exprimer son point de vue d’enfant et parfois même l’aider à relativiser, dans une certaine proportion, la parole excessive du parent aliénant. Une difficulté peut venir du fait que, cette aide étant susceptible d’aider l’enfant à prendre de la distance par rapport aux schémas imposés par l’aliénation, elle peut être refusée en bloc par le parent aliénant. Le SAP peut ainsi se traduire par un refus de soin de la part du parent aliénant.

Violation des droits de l’enfant

D’une part nos institutions ne sont pas assez formées pour détecter l’aliénation parentale et d’autre part elles manquent de volonté pour prendre les mesures nécessaires pour y contrevenir (attribuer la garde au parent aliéné, forcer les visites, punir le refus des visites et les accusations calomnieuses …)

« Cette pathologie redoutable et encore méconnue ne menace pas que le parent rejeté : elle sape le fondement même de l’identité et de la personnalité de l’enfant, compromettant même, lorsque le stade de sévérité va jusqu’à la rupture durable, son « droit élémentaire d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents », droit qui lui est normalement garanti par l’article 9 de la Convention internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), entrée en vigueur le 2 septembre 1990 » (Dr Paul Bensussan)

Nous notons la tendance qui amène les tribunaux cantonaux (et nationaux pour les autres pays) à se faire corriger par la CEDH lorsqu’ils manquent à leur devoir de respect de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE). A ce titre l’arrêt du 9 avril 2019 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) rappelle le droit fondamental d’un père à conserver des liens avec ses enfants et l’obligation effective des autorités à prendre des mesures en ce sens. [CEDH – 9 avril 2019 – A.V. c. Slovénie (requête no 878/13)].

« L’aliénation parentale touche en Suisse 18’000 enfants, soit 7% des enfants vivant en foyer monoparental »

Büchler et Simoni, PNR 52, 2007

Voici le témoignage d’un père qui ne voit plus ses deux filles depuis des années (une minute).

« Le SAP étant un rapt psychologique d’enfant, il constitue une atteinte au droit inaliénable des parents et des enfants de garder, au delà de la séparation ou du divorce, un lien parental et filial intègre, structurant et, finalement, sacré. »

(Le syndrome d’aliénation parentale, une menace pour la cohésion familiale, Jean-Pierre Cambefort, Psychologue. Dr en Sciences du Comportement, 2011)

« Il s’agit en somme d’une forme organisée de maltraitance qui porte sur une dimension vitale de la vie affective et se traduit par des effets psychotraumatiques très importants. Celui ou celle qui en font les frais sont à considérer à tous points de vue comme des victimes. Du côté de celles-ci, on remarque un syndrome de stress post-traumatique d’intensité variable en rapport avec l’horreur d’être privé de ses enfants. Le père privé de l’enfant souffre aussi souvent de dépression, de troubles anxieux et peut tenter le suicide. On s’apercevra ensuite que le syndrome de Médée a une histoire, et que pour le père le divorce a été une délivrance. En d’autres mots, la privation d’enfant prolonge un rapport de couple à l’enseigne du caractère tyrannique de l’épouse maltraitante qui n’hésitera pas à se servir d’accusations infondées d’inadéquation, de violence et même d’abus sexuel susceptibles d’engendrer un sentiment paralysant d’horreur. « 

(Psychiatre Dr Antonio Andreoli, Genève, 2010)

La souffrance du parent aliéné

La souffrance du parent aliéné est également incommensurable. Si vous vivez cette situation, nous vous suggérons de prendre connaissance de ce groupe de soutien ou encore celui-ci de l’association spécialisée nommée ACALPA. Parlez, ne gardez pas pour vous cette souffrance. Vous n’êtes pas seul, rejoignez des groupes de paroles et prenez contact avec les psys qui connaissent bien cette situation (il y en a de plus en plus).

(Video de 14 minutes, Raphaël Delpard, TVL, 2019)

(En Suisse, le nombre de suicides et 3 fois plus élevé pour les hommes que pour les femmes, l’aliénation parentale y contribuant beaucoup)

Des idées noires ? Parfois on aimerait parler avec quelqu’un. La Main Tendue est anonyme, compétente et toujours là pour vous.

STOP SUiCiDE agit pour la prévention du suicide des jeunes dont le site donne beaucoup d’informations sur des associations d’aide.

Vous pouvez aussi contacter la permanence de nos associations cantonales qui sauront vous conseiller des organismes ou associations mais aussi faire un point de situation sur votre procédure.

Le profil du parent aliénant

« Le profil de ce parent est flou, certains le disent à tendance hystérique ou paranoïaque, certains correspondent au profil du pervers narcissique décrit par Paul-Claude Racamier (1992) et Marie-France Hirigoyen (1998). Tous les profils peuvent se voir. »

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

Le Dr Jean-Pierre Cambefort (psychologue, Dr en Sciences du Comportement) explique que « le syndrome d’aliénation parentale est mis en place par le parent aliénant dont les tendances manipulatrices inconscientes qui sont à l’origine de l’implantation du phénomène, peuvent se trouver dans la conjonction de deux séries de facteurs : les émotions présentes qui accompagnent la séparation d’une part, et la reviviscence d’anciennes angoisses profondes.

Le Dr Richard Gardner considère que le parent aliénant est souvent surprotecteur vis à vis de l’enfant. Il peut être aveuglé par sa rage ou animé par un esprit de vengeance provoqué par la jalousie ou la colère. Il se voit en victime injustement et cruellement traitée par l’autre parent dont il cherche à se venger en faisant croire à l’enfant que cet autre parent a tous les torts.

« Loin de nous l’intention de nous servir de Médée pour blâmer la femme (le syndrome est très majoritairement féminin) ou mettre en cause ses droits »

(Psychiatre Dr Antonio Andreoli, Genève, 2010)

Selon J M Delfieu (2005), le divorce ou la séparation ont créé chez le parent aliénant des résurgences de sentiments angoissants de sa petite enfance qui « n’ont effectivement rien à voir avec le partenaire mais qu’il projette sur lui ». Ces régressions émotionnelles nourrissent un mélange de sentiments non maîtrisés de colère, de tristesse et d’insécurité extrêmes qui « expliquent l’intensité, voire parfois l’irrationnel du vécu et du comportement » (Delfieu, J M op cité p 28). Certains reproches injustifiés adressés au parent aliéné (ou « parent cible ») peuvent être compris comme l’expression de traits paranoïaques chez le parent aliénant, qui génèrent la conviction qu’il doit protéger l’enfant contre l’autre parent, perçu, quoi qu’il fasse, comme dangereux ou mauvais. J L Viaux (1997) considère que le parent aliénant se caractérise par une tendance à l’intolérance, une agressivité manifeste et une appropriation de l’enfant d’autant plus grande qu’il ne peut accepter la séparation du couple. Ces parents sont des « adolescents interminables » fragilisés par la non-résolution des problèmes de l’adolescence et portant en eux une faille narcissique et une peur intense de l’abandon. Ils ont opéré un clivage solide entre leurs carences profondes, qui génèrent une affectivité archaïque, et l’hyperadaptation sociale dont ils doivent faire preuve, souvent sur le plan professionnel.

Ils sont ambivalents vis à vis du parent aliéné, exprimant un désir d’être rassurés par celui ou celle qu’ils ont quitté(e), mais également une aspiration profonde. Le parent aliénant exerce une pression et des reproches permanents ; ce faisant, il lutte contre un envahissement dépressif, généré par l’absence du conjoint, dont l’éloignement est perçu comme un abandon. La séparation du couple est vécue de manière extrêmement ambiguë, et l’un de ses traits principaux est l’accumulation des contentieux matériels et surtout psychologique, dont l’enfant est l’enjeu principal. Le parent aliénant s’avère incapable de gérer la rupture, de l’assumer (qu’il l’ait subie ou en ait été à l’initiative) en mobilisant ses ressources affectives et comportementales, et vit une contradiction émotionnelle intense. » (Le syndrome d’aliénation parentale, une menace pour la cohésion familiale, Jean-Pierre Cambefort, Psychologue. Docteur en Sciences du Comportement, 2011).

« Le parent aliénant peut aller jusqu’à accuser l’autre parent d’abus de tout type (négligences, physiques, sexuels). D’après les auteurs, les estimations montrent que 80% des allégations d’abus sexuels après la séparation du couple, sont fausses. »

« Quant au parent se trouvant le plus fréquemment impliqué dans l’instauration du SAP, 75% sont les mères selon les expertises de H Van Gijseghem (2005) par le fait que la mère incarne dans bien des cas le parent aimé, et que les décisions judiciaires lui sont majoritairement favorables en matière de garde d’enfant. »

(Le syndrome d’aliénation parentale, une menace pour la cohésion familiale, Jean-Pierre Cambefort, Psychologue. Dr en Sciences du Comportement. , 2011)

L’éclairage de la psychanalyse sur le syndrome de Médée (complexe de Médée)

Le « Syndrome » d’Aliénation Parentale est éclairé par l’analyse de Médée, personnage de la mythologie grecque.

« Un «complexe de Médée» a été décrit par E. Stern dans une étude visant à élucider la dynamique de l’infanticide passionnel et connaît actuellement un regain d’intérêt dans des domaines aussi divers que les affaires criminelles, la psychiatrie de l’enfant et les conflits familiaux en situation de séparation parentale. Le mythe a, dans ses maintes versions, la propriété de faire parler une dimension tragique universelle de l’humain, dans le cas spécifique «l’enfant réduit à la condition d’objet de vengeance». Frappée, à son corps défendant, par la flèche d’Eros, Médée se plie à son amour pour Jason contre promesse d’une éternelle fidélité. Elle aide ensuite les Argonautes à s’emparer de la toison d’or, le trésor inestimable appartenant à son propre père. Puis s’exile en Grèce avec son amant. Mais le volage Jason se lasse de son amour. Trahie et humiliée, la superbe Médée tue alors ses enfants et, en proférant des terribles mots de vengeance, déchire le ventre qui a enfanté les fils du héros. Les études psychanalytiques ont insisté sur le lien entre le fonctionnement de Médée et un complexe inconscient caractérisé par une hostilité prononcée envers le sexe masculin (envie du pénis). Le propos de priver l’homme de sa descendance relèverait de l’intention de le priver de sa puissance (pénis = enfant, et vice versa) et donc de le châtrer. Mais la Médée qui déchire son ventre illustre un aspect plus perturbant de la déception d’amour. Son besoin d’éternelle fidélité témoigne en effet d’un conflit profond avec une identité de mère qui marquerait la fin d’attachements familiaux aussi ambivalents qu’indissolubles et une incapacité de transposer ceux-ci dans le monde de sa vie sentimentale adulte »

Les fausses accusations au service de l’aliénation parentale

Les fausses accusations sont une forme de violence visant la rupture du lien pour conduire à l’aliénation parentale. Ce sont très majoritairement les pères qui en sont victimes. Fausses accusations de violence physique sur la mère qui veut ainsi obtenir la garde, la forte pension en faisant souffrir le père. Accusations de violence sexuelle sur l’enfant dans le pire des cas.

Fausses accusations contre les pères : l’arme fatale. Témoignages de pères et d’enfants victimes de cette mécanique infernale. Mise en évidence des fonctionnements et dysfonctionnements des institutions. Interview et conseils de l’avocate Anne Reiser. RTS, Emission Mise au Point (2 juin 2019)

« « Il a joué avec mon minou », phrase typique d’une petite fille qui ne comprendra pas forcément la portée de ces paroles, mais qui risque cependant de déclencher une enquête sociale et une suspension du droit de garde (NDLR ou du droit de visite) qui engendreront une aliénation définitive de l’enfant. »

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

Le déni de réalité de l’existence de l’aliénation parentale

« Les praticiens doivent connaître ce tableau en raison de son relief clinique et juridique grandissant en médecine de premier recours »

(Psychiatre Dr Antonio Andreoli, Genève, 2010)

Et pourtant:

« Cette pathologie relationnelle (tout le système familial est concerné) suscite polémiques et controverses. Certain(e)s vont jusqu’à nier l’existence même du phénomène de l’aliénation parentale, qui ne figure pas encore dans les classifications internationales des troubles psychiatriques (européenne ou américaine). »

(Dr Paul Bensussan)

Le déni de réalité (très idéologique) de certain(e)s va jusqu’à demander de proscrire le concept d’« aliénation parentale » au motif qu’il serait un « bouclier » brandi par les pères abuseurs. Delphine Provence, avocate, et Paul Bensussan, psychiatre expert expliquent pourquoi il s’agit d’une erreur (Marianne, 28 janvier 2022).

Comment lutter contre le SAP ?

Il faut que nos institutions se forment à reconnaître la dynamique psychologique sous-jacente chez l’enfant :

  1. La crainte de perte du lien psychologique primaire : la peur de perdre l’amour du parent aliénant (souvent la mère) est le facteur principal à l’origine des symptômes chez l’enfant.
  2. La formation réactionnelle : la haine obsédante n’est qu’une forme déguisée d’amour pour le parent aliéné.
  3. L’identification à l’agresseur : l’enfant peut s’allier au parent aliénant dans le but de se protéger contre l’hostilité de ce dernier.
  4. L’identification à une personne idéalisée : l’enfant s’identifie à un parent vu comme parfait.
  5. La décharge de l’hostilité : le SAP permet à l’enfant de décharger sa colère vis-à-vis de la séparation parentale.
  6. Le pouvoir : évacuer sa rage donne à l’enfant une impression de pouvoir. L’enfant peut se permettre d’être inconvenant avec le parent aliéné, sachant qu’il est « couvert » par le parent aliénant.
  7. La contagion des émotions : la rage du parent aliénant se transmet rapidement à l’enfant.
  8. La rivalité sexuelle : avec un parent de l’autre sexe, l’enfant engage des attitudes de séduction, et désire être en relation unique avec ce parent.

D’après les psychiatres M. Walsh and J.M. Bone (1997) ainsi que D.C. Rand (1997) quatre critères sont à prendre en compte pour confirmer l’installation du SAP:

  1. Les entraves à la relation et au contact avec le parent aliéné
  2. Les allégations non fondées d’abus
  3. La détérioration de la relation depuis la séparation du couple
  4. Les réactions de peur intense de l’enfant de déplaire ou de contrarier le parent aliénant

« On est étonné de découvrir combien souvent les membres de professions soignantes, sociales ou juridiques qui sont supposés porter les valeurs de l’état de droit, montrent par contre des réactions d’évitement, de dénégation, voire de complaisance envers le maltraitant. Trauma sur trauma, ces attitudes ont un effet redoutable sur la victime. »

(Psychiatre Dr Antonio Andreoli, Genève, 2010)

Généraliser la garde alternée comme mode de garde et adopter le modèle de consensus parental (voir notre dossier Médiation) comme mode de résolution ou désamorçage de conflit sont deux moyens très efficaces pour lutter contre l’aliénation parentale. En effet d’une part la garde alternée favorise l’équilibre entre les deux parents et d’autre part le modèle de consensus parental consiste en une réaction rapide (2 ou 3 semaines maximum) des institutions dès l’annonce de la séparation des parents et reçoit l’enfant en toute première étape, avant même les parents, symbolisant ainsi la priorité donné à l’enfant.

En Suisse, et déjà en 1998, Hélène Rey Wicki et Isabelle Rinaldi recommandaient l’introduction de la médiation familiale pour les cas conflictuels ainsi que le retrait de garde du parent aliénant (Rey-Wicky Hélène et Isabelle Rinaldi (1998) Intérêt supérieur de l’enfant et divorce. Cahiers ESSP 23, Lausanne, 175 pp.)

Il faut en effet intervenir très vite dès la séparation car:

« En quelques jours ou quelques semaines à la suite du divorce, l’enfant reconstruit son monde en « blanc et noir », un parent devient le favori absolu tandis que l’autre ne vaut plus rien et est rejeté.« 

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

Il est indispensable que les intervenants soient formés à la détection du SAP car:

« Bien sûr, tout est dissimulé dans le syndrome, pour démêler l’écheveau des fausses accusations, il est indispensable de poser des questions, et d’insister jusqu’à obtenir une réponse claire. »

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

Une action rapide et courageuse est nécessaire pour sauver l’enfant victime du SAP:

« Les choses deviennent urgentes et difficiles dès le stade moyen. C’est le moment de se montrer courageux et de se positionner très rapidement si l’on veut espérer protéger l’enfant. Au stade grave, seuls le changement de garde et l’accompagnement par une équipe spécialisée permettent de renverser la tendance. L’enfant présente tous les items décrits ci-dessus. Si ce changement s’effectue très tôt, on peut espérer voir une modification radicale du comportement des enfants en quelques jours ou quelques semaines. Les enfants se montreront reconnaissants d’avoir été sortis de cet enfermement destructeur. »

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

« Le parent aliénant est responsable de cette situation et la seule solution aussi intraitable soit-elle est de lui retirer la garde, car il commet l’équivalent d’un inceste. La société civile, enfin, a un rôle à jouer, ne serait-ce que dans la formation de personnels compétents pour repérer ces enfants maltraités, dans l’éducation des parents en voie de séparation, ainsi que dans l’édiction de règles claires et simples pour maintenir les liens. »

(Dr Bénédicte Goudard, 2012)

« La question du changement de garde est l’élément le plus controversé de la prise en charge de ce phénomène. Le parent gardien ayant le pouvoir, ou du moins un pouvoir reconnu par la loi que n’a pas l’autre parent, il peut décider d’en abuser ou non. C’est pourquoi la garde alternée contribue, pour certains auteurs, à apaiser les effets du SAP puisqu’elle instaure dans la loi l’égale légitimité des deux parents quant au temps éducatif et relationnel à l’égard de l’enfant. Les spécialistes prônent également la mise en place de sanctions pénales sévères à l’égard du parent aliénant, lorsque l’expertise démontre la présence du SAP, surtout en ce qui concerne les fausses accusations d’inceste ou d’abus en tout genre. La menace de sanctions joue un rôle structurant, et son absence laisse libre court à toutes les dérives de la part du parent aliénant. Dans les pays de l’Europe et de l’Amérique du Nord, le SAP, reconnu officiellement comme une violence psychologique comparable, dans ses effets aux abus sexuels, et dans son fonctionnement à l’emprise et à l’embrigadement des sectes, est passible de condamnations pénales (amendes, obligation de soin, annulation de pension alimentaire) »

(Le syndrome d’aliénation parentale, une menace pour la cohésion familiale, Jean-Pierre Cambefort, Psychologue. Dr en Sciences du Comportement. , 2011)

« Mais alors, le fait de réclamer, participer ou seulement rester impassibles devant la destruction de la relation du parent et de son enfant ne représente-t-il pas la répétition d’anciens rites de proscription, eux-mêmes héritiers des anciens sacrifices d’enfants ? »

(Psychiatre Dr Antonio Andreoli, Genève, 2010)

« Il est vain d’espérer que des personnalités aussi grevées de troubles de la personnalité acquiescent à autre chose que l’intimidation pénale. Et il ne sert à rien de prescrire médiations ou traitements tant que cette folie n’a pas été sanctionnée. Médecins et juristes devraient donc être conscients que paranoïa et sadisme sont tels dans le syndrome de Médée que seule l’intimidation pénale peut arrêter ces sujets délirants qui ne deviendront jamais fous. La mère ou le père qui s’entêtent à vouloir priver le conjoint de ses enfants sont en fait habités par le sentiment d’être des justiciers : leur cause doit donc être entendue et jugée, sans quoi les bonnes intentions de la pédagogie ou de la psychothérapie ne pourront rien. Force est de constater que des législations prévoyant ce délit, mais aussi des mesures de puissance partagée, assorties de peines sévères pour le non-respect des droits des ex-époux, ont donné des résultats encourageants (Zizolfi, 2009, communication personnelle). C’est donc bien la voie qu’il conviendrait de suivre à l’avenir. »

(Psychiatre Dr Antonio Andreoli, Genève, 2010)

En savoir plus :

Bibliographie :

  • Séparations conflictuelles et aliénation parentale (Dr Roland Broca et Olga Odinetz, 3ème édition de 2021). La séparation et le divorce sont des moments de rupture très déstabilisants et difficiles à gérer pour les parents comme pour les enfants. C’est à ces moments de rupture et de crise que peuvent se révéler des difficultés psychiques aussi bien chez les enfants que chez les parents. Quand la séparation devient une guerre, l’enfant se retrouve exposé à un subtil chantage psychologique d’un parent, parfois des deux.S’appuyant sur l’analyse du parcours affectif, psychologique et judiciaire d’affaires réelles, cet ouvrage montre …
  • Le Combat des pères. Lors des jugements de divorce, la garde des enfants est attribuée à la mère dans 80 % des cas. Pourquoi les pères sont-ils encore aujourd’hui systématiquement exclus ? Pendant plus d’un an, Raphaël Delpard a rencontré des pères, des sociologues, des pédopsychiatres, des avocats, des membres d’association, des juges des Affaires sociales … Son enquête retrace la détresse de ces pères, leur combat quotidien, et met au grand jour les dysfonctionnements et les discriminations de notre système judiciaire : le père est confronté aux convocations arbitraires au poste de police, aux demandes exorbitantes de pensions alimentaires, aux mensonges et aux coups bas, à l’arrogance des experts, à l’indiscrétion des enquêteurs sociaux… Au terme du calvaire, épuisés, cabossés par le dur combat qu’ils mènent pour exister auprès de leurs enfants, nombreux sont les pères qui abandonnent, allant jusqu’à commettre l’irréparable pour certains. Un dossier édifiant qui révèle le sort des enfants injustement privés de leurs pères, et celui des pères injustement privés de leurs enfants. (Raphaël Delpard, cinéaste et romancier, 2019)
  • Comment protéger l’enfant de la séparation de ses parents (Jacques Biolley, 2010): Un couple sur trois se sépare aujourd’hui en France. Ces séparations sont sources de grandes souffrances pour l’enfant mais également, et de plus en plus souvent, de risques d’emprise de l’un des parents sur lui. Cet ouvrage est le guide de survie pour parents séparés. Il montre, d’une manière claire et ancrée dans la vie quotidienne, quelles sont les paroles ou les attitudes qui vont aider l’enfant à maintenir un climat pacifié avec ses deux parents, gage de son épanouissement futur. Et surtout il invite à déjouer les pièges du « syndrome d’aliénation parentale », encore méconnu en France. Préface du Professeur Cramer, professeur honoraire de psychiatrie infantile.
  • REVUE Médicale SUISSE, (Psychiatrie de liaison, n°236, ISSN: 1660-9379, 2010)